Souvenir de la journée du 21

Un soir, lors d'une semaine de bonheur exquis et complet en compagnie de Sophie, je me retrouvais seul face à ma feuille, et j'ai voulu raconter le bonheur, en dire un mot pendant qu'il se produisait. Voici le récit de la journée du 21 avril 2008.

Voyez comme l'amour remplace l'écriture, il faut qu'elle soit en train de dormir, respirant lentement, avec la gracieuse féminité qu'elle montre sans cesse, pour que je me retrouve face à cette même feuille blanche qui me défie de plus en plus chaque jour. Les mots ne viennent pas, je pense sans que ça pense en moi. D'où vient cette paralysie de mon intuition, ce gel de mon imagination ? Quelle force, bien avant que ma princesse ne vînt, m'avait empêché de jeter sur le papier autre chose que des alexandrins boiteux, sans consistance, à peine intéressants qui remplissaient mes cahiers de cours ? Ce ne peut être l'amour car il ne me ralentit presque plus, je vis avec lui, je crois l'avoir domestiqué, cet amour impétueux. Non pas que je puisse choisir d'avoir un élan vers mon aimée ou non, car cela ne saurait être contrôlé, mais que je puisse aimer et faire autre chose. (...)
Cette journée était en tout point délicieuse,(...) Donc, aujourd'hui, après une longue matinée qui débuta à onze heures, nous avons déjeuné de ces petits croques qu'on fait avec du pain de mie grillé. Puis, nous avons planifié d'aller vendre quelques livres que Sophie avait amené dans le but de rehausser un peu nos finances avant d'aller se promener au Jardin des Plantes.
Les livres ne nous ont guère porté chance, nous en avons retiré dix euros en bon d'achat. Il faut dire qu'il s'agissait de livres d'enfant plus ou moins communs qui valent rarement plus que le prix qu'on colle sur leur couverture. Elle était un peu déçue, cela se voyait, ou bien elle était contrariée que je doive porter le sac qui contenait encore quelques livres qu'on ne nous avait pas achetés. La masse était plus que raisonnable et j'oubliais presque l'existence de ce sac, bien qu'elle me fût rappelée en permanence par les passants ou par Sophie qui faisait un mouvement d'horreur quand je frôlais les cosmétiques au risque de tous les étaler. J'exagère un peu, naturellement.
Nous parvînmes au Jardin. Quelles beautés vit-on là-bas ! Soit, je ne disais mot et ne montrais que peu l'éblouissement que je ressentais face aux grands chênes solides et majestueux qui avaient ce je-ne-sais-quoi dans le feuillage qui les rendaient différents des chênes des forêts ; je cachais la surprise qui me prit à la vue de ce gigantesque cèdre du Liban, vieux de plus de trois cents ans qui avait vu passer tant d'êtres semblables à nous et qui tenait toujours, comme un vieux sage qui raconte le silence en un regard et la parole en un souffle. Les arbres font une synthèse, à la fois au sens biologique, évidemment, mais aussi au sens abstrait : ils résument les sols, les animaux, les minéraux ; il les accueille, les nourrit, les abrite, comme une grande maison. On y trouve des fourmis, des bourgeons, des feuilles de toutes tailles et de toutes formes, des hommes dans leurs cabanes, des femmes sur leur balançoire, des enfants qui jouent sur leurs branches. Ils concentrent en un tronc, des racines et des branches, formés chaotiquement, toute la vie et toute la mort. Ils produisent l'oxygène, si nécessaire, si absolument fondamentale à toute vie, chez toute espèce animale, et pourtant quand ils viennent à pourrir, à tomber, à se fracasser, à disparaître massivement, tout meurt avec eux. Comme les maisons, on y naît et on y meurt. L'arbre n'est plus la maison de l'homme mais il lui donne encore asile. Avant tout, l'arbre protège. C'est lui la première victime des orages, c'est lui qui donne de la fraîcheur et de l'ombre, et c'est lui qui remplit nos poumons d'air frais.
On le coupe, on le massacre, on en fait du boudin et de la charpie, du papier et du bois de chauffage. Mais l'arbre ne flanche pas. Il tient, il dure. Nous sommes la puissance du feu, il est celle de la terre. Nous sommes brefs, soudains, et incroyablement puissants. Nous avons acquis la capacité d'influer sur notre écosystème entier. (...) Les arbres, eux, sont solides, sourds et résistants. Ils font parfois preuve de plus de grâce et de beauté que nous n'en pouvons montrer. Sans en être conscients, ils nous égalent ou nous dépassent, peu importe finalement.
Car ce qui importe, ce n'est pas qui est le plus grand mais qui pourra permettre l'équilibre. L'arbre, seul, ne bouge pas. Avec notre puissance, il peut se déplacer, s'étendre, arriver là où aucune force naturelle ne l'aurait déplacé. Il peut prospérer ou mourir. Il peut naître et renaître ailleurs, plus nombreux, plus fort ; ou bien disparaître et s'affaiblir sous le poids de l'ingérable complexité humaine.
Peu importe qu'il le soit ou non, nous devons voir l'arbre comme notre égal, ni plus fort, ni plus faible. Simplement comme la puissance d'un autre élément avec lequel nous devons vivre en paix pour que l'équilibre demeure ou se reforme. Peu importe nos projets, où qu'il soit, aussi nombreux qu'il soit, l'arbre sera toujours beau.
Au retour, j'ai apprécié les couleurs des fleurs qui s'étalaient dans l'allée principale après avoir embrassé Sophie sur un cerisier du japon en fleurs. Enivré de couleurs éclatantes, j'ai profité de cette marche jusqu'à ce que nos pas nous amènent vers un troquet. Un café plus tard, nous étions dans le métropolitain, pour rentrer chez nous. Un petit dîner ravissant, des nouvelles de Stéphanie, une lecture du conte de Flaubert Un c½ur simple et une infinie tendresse mêlée de désir impétueux et sauvage, car le bonheur n'est fait que de passions actives et la tranquillité d'actions passives. Ça agit en nous, nous agissons grâce à ça.

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Comments :

  • Steph

    06/05/2008

    "sans nom"...
    Quel courage.

  • sans nom

    04/05/2008

    Je suis sincèrement navré mais je ne peux que partager le point de vue de "la plus grande fan", même si ce n'est pas la forme la plus adaptée qu'elle a choisit pour s'exprimer. Peut-être le connaissez-vous mieux que moi mais l'image qu'il donne est celle ni plus ni moins du prétentieux, après chacun son avis, ce n'est peut-être qu'une facade mais ça ne me donne pas envie d'aller plus loin, et je ne veux nullement te blesser jean-baptiste. Je ne suis pas là pour juger, mais il est vrai que la description à la troisième personne est un peu "too much", c'est une affaire de goût, et je n'ai pas la volonté de briser un nouveau talent que je reconnais.

  • Benoît

    03/05/2008

    Premieremen, JB est GRAND !
    De plus, soi tu es jalouse soi ta vrément rien compri a ce que JB fai ! Et j'esper plus pour toi que tu es jalouse parceke si t'a rien compri t'a vrémen du souci à te faire ma pauvre.
    Tu ne connépas ses potes alor ferme ta gueule et raconte pas de conneries. Tu es pathétique.
    A bon entendeur, salut !

  • Ta plus grande fan

    30/04/2008

    Un artiste aussi talentueux que toi doit savoir recevoir la critique :
    1: Personne de normalement constitué n'a envie de lire autant de lignes rasantes de conneries écrites par un psychopathe taré et vivant dans un autre monde tel que toi
    2: Comment la Terre peut-elle porté un être aussi prétentieux que toi alors que ce même être est tellement, mais alors tellement ... misérable, pitoyable, pathétique, un vrai rejeté de la société!!!
    3: Ceux qui te font croire que tu as du talent, et qui te mènent ainsi vers ta putain de prétention sont aussi tarés que toi !
    4: Rien que de voir ta tête de mec dérangé du cerveau, c'est effrayant, mais plus on te connaît, plus on se demande comment il est possible que tu ne te sois pas déjà fait enfermé!
    5: pourquoi ces pauvres filles se laissent avoir par tes paroles bidons et prennent le risque de sortir avec un dégénéré comme toi qui pue de la gueule, et combien de filles as-tu essayé de violer ?
    6: Ta vieille moustache de merde te donne l'air encore plus ridicule ( con ) et te rend encore plus inquiétant
    7: Tu fais tjs des blagues débiles qui ne font rire personne avec ton rire de cinglé
    Il y a tant de choses à te dire mais je n'ai pas de temps à perdre et je ne voudrais pas te faire de peine...

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