Une description de fête...

Je propose de vous faire lire un extrait du livre que je suis en train de préparer, un roman qui prendra place dans le monde financier parisien, on pourrait presque l'appeller Nouvelles moeurs parisiennes...
Le roman s'appelle Marianne meurtrie.

Dans ce passage, la narratrice Saeva, 20 ans, ex-prostituée arrive dans une ville moyenne de province où elle va retrouver une amie qui donne une soirée. Vous en avez tous vécus, je vous en propose une descritption :

Nous avançâmes dans le noir vers la maison située sur un promontoire. Après trois marches de béton et quelques coups frappés à la porte, j'arrivais à l'intérieur. Les soirs de fêtes entre jeunes, les maisons s'alignent toutes sur un modèle d'une normalité déconcertante : lumière tamisée ou inexistante, spots de couleurs communes, pétantes, agressives ; de la musique sur laquelle tout le monde tombe d'accord, qui se retrouve souvent être le tube de l'été dernier. Parfois une ou deux guitares pour les musiciens en herbe. L'animation culturelle s'agite et transforme chaque pan de l'art en une intolérable distraction pascalienne à ceci près qu'on ne s'éloigne pas de la mort (les jeunes sont immortels) mais du vrai. L'amour du mensonge semble avoir gagné jusque dans leur essence les fêtes entre jeunes : chaque parole prononcée, chaque geste esquissé, chaque danse entamée, chaque caresse tentée ne se définit que par l'apogée et l'apologie de l'hypocrisie sociale. Les mots sont volontairement vides, les vannes volontairement sans intérêt, l'esprit est confiné dans le placard d'une vieillesse prohibée, comme le diable de l'austérité et de l'ennui. Ce n'est ni le dieu de Nietzsche ni l'amour de Baudelaire ni même la vie de Beckett, c'est le plus pur néant, l'expression la plus manifeste du « rien à dire » : Alcools, cigarettes, souvenirs d'enfance. En de très rares occasions, de jeunes godelureaux arrivent à assouvir leurs tensions sexuelles auprès de jeunes oiselles qui croient connaître jusqu'au plus profond la mécanique lancinante de l'activité sexuelle. Cette machine infernale se mettait en place devant mes yeux. On dégageait la dancefloor pour que les convives puissent s'agiter à leur bon plaisir, on repoussait les fauteuils près d'une table basse où l'on pouvait inventer des jeux de cartes douteux pour se donner de fausses raisons pour boire davantage ou se délester de certains de ses vêtements, cela produisant un semblant d'excitation érotique dans la tiède mollesse de l'ensemble. On mettait à cuire des pizzas dont on n'appréciait pas le goût, on recherchait des vidéos comiques qui conviendraient au public des deux sexes, on mettait à contribution le billard ou le baby foot qui était à la disposition de ces grands enfants sans imagination. On sortait des litres d'alcools bon marché qu'on mélangeait avec les boissons sucrées de notre enfance comme pour refuser d'y renoncer. L'ennui palpable des fêtes adultes était ici plus subtil, il se trouvait dans l'extrême lassitude dont semblaient être frappés chacun des invités, comme si l'on entrait sans un monde où absolument plus rien n'avait d'importance, comme si de l'autorité passée, on avait construit une autorité du spleen inconscient, de la fatigue permanente. Chacun ressemblait à un enfant qui refusait d'aller se coucher, faisant tourner tous ses jeux futiles qui enferment leur esprit et fait fondre ce qu'il en reste. Le bon rock et le mauvais rock se mêlaient dans ce pudding dégoulinant, alternant les danses où on parvenait désespérément à toucher l'épaule du danseur le plus proche, plus rarement ponctué de slows où on se colle au représentant du sexe opposé en ressassant toute la frustration qui interdit d'aller plus loin. Chacun comprend à demi-mot, chacun a tout vu, tout entendu et personne n'a rien senti. Nos corps ont servi de fantasmes aux garçons et de modèles aux filles. L'ensemble résonne comme le cri de douleur d'une enfance arrachée par des images agressives, incompréhensibles, pour eux détentrices de la seule vérité que les adultes ne veulent pas dire. Ce n'était plus de la transgression, c'était une paresse douloureuse, une ébriété larmoyante, une automutilation généralisée. Cela semblait être l'annonceur des suicides collectifs japonais et des fusillades sanglantes américaines. Une fête modélisée sur des préceptes inconscients qui reproduit avec plusieurs années de retard les fêtes branchées des beaux quartiers des villes américaines : on eût dit une affreuse scène de théâtre avant-gardiste où l'art est banni par ennui et la vérité par lassitude.

NOTE : La photo, c'est mon frère Benjamin flou qui joue de la guitare (un véritable artiste en herbe, lui, pas un faux !), le photographe se targue pourtant de n'avoir rien bu. xD

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Comments :

  • Louve

    22/10/2009

    Kikoo
    je pensais à toi alors j'ai profité d'un moment de répit pour flâner sur ton site
    (en espérant trouver autre chose que le modem :p) et ça a marché
    j'aime ta manière de décrire les soirées et c'est pas pour rien que nous sommes amis!
    mais je nuancerai en disant que lorsque l'on a vraiment envie de se lâcher
    et qu'on a quelques bons amis présents à la soirée en question, ça peut vraiment
    être génial, simplement se sentir vivre et apprécié voire entrer en transe :p
    ou encore (et cela m'est aussi arrivé) se retrouver à parler de sujets intéressants et tout
    ce à quoi on ne s'attendait pas du tout au départ.
    Après, c'est sûr qu'il s'agit là dans l'ensemble d'exceptions (d'où le fait que je fais mille fois plus
    de petites soirées intimistes que les autres) mais je tenais à rendre honneur à certaines soirées
    vibrantes, réjouissantes que j'ai passées et sans sexe lol

  • I-Masato-I

    01/06/2008

    Super ce roman, et super cette tof XD, j'progresse en gratte en +

  • yashn

    10/05/2008

    Ca s'passe comme ça (chez Mc'Donald) dans beaucoup de soirées.

    Souvent, cela commence en entrée par de grands groupes discutants de choses et d'autres, travail et amis, mangeant des chips, parfois buvant un peu d'alcool. En plat du jour, les gens se mettent à la danse, et ils sont ridicules à souhait. Et cela se termine par beaucoup d'alcool, un unique groupe qui discute sans savoir ce qu'il dit, un peu de shit par-ci.
    Des lumières toujours tamisées, les autres laissant place à des lampes stroboscopiques pour mettre de l'animation. Des musiques entraînantes...

    En tout cas, une question que je me suis posé à ce sujet : en quoi la cigarette, l'alcool ( j'entends, l'abus ) et la drogue ( parfois le sexe ) ont leur place dans les soirées ? Déjà, ce n'est pas dans toutes les soirées, mais celles des jeunes adultes, voulant montrer qu'ils sont grands et ne connaissant pas encore les limites. Mais de ces soirées, ont retient surtout de bons moments : une grosse partie de délire entre amis, bien que je pense que ce n'est pas la sincérité qui prime, et qu'avec les abus on s'en éloigne même. Par contre, notre raison, elle, s'en retrouve altérée, delà s'ensuit une moindre résistance à toute forme d'excitation, entre autre.

    Je ne crois pas que les gens ne savent pas quoi dire, simplement qu'ils suivent un "protocole d'approche". Beaucoup de gens ne se connaissent pas forcément, parler un peu de sa vie permet de faire connaissance... C'est juste que le temps d'une soirée, cela n'ira probablement pas plus loin. C'est en tout cas un bon moyen de se lâcher un peu ! ( Bien que certains, n'est-ce pas, se lâchent même beaucoup :D )

    Bon, mais parlons un peu de ce que tu as fais... Je suis d'accord avec tout ce qui concerne l'ambiance, par contre un point sur lequel je n'adhère pas : tu dis que dans ces soirées, l'on parle ne sachant que dire, je ne vois pas pourquoi. Parce que l'on n'a rien préparé à l'avance ? C'est normal, car ceux qu'on connait on leur parle en d'autres temps et les autres on ne les connait pas. C'est plutôt à mon sens de l'improvisation que le fait de ne pas savoir quoi dire. On ne parle pas pour meubler, au début certes on cherche à capter l'attention, mais après les sujets peuvent venir.

    En conclusion : je ne crois pas que c'est soirée sont un tout, mais plutôt une succession dans le temps de petites choses qui, lorsqu'une arrive, celle d'avant disparaît.

    NOTE : Le photographe, à mon avis, ne voulait pas embêter les autres en utilisant un flash. Par contre, en effet toi tu avais bien bu pour ne pas te rappeller qu'il avait bien pris un verre de source et un de vodka, ce qui faisait quand même de lui de loin le plus sobre ^^

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