Ce qui manquait

Cher Olivier,

Loin d'incarner la perfection, encore plus loin d'être le politique confirmé et fréquentable que j'espère être un jour, j'ai fait un certain nombre d'erreurs en écrivant à chaud, je voulais garder cette première réaction et je suis bien conscient de ses insuffisances. Le moins que je puisse faire, c'est de répondre à tes objections, que je trouve fondées.

Je tiens d'abord à te dire ce que j'entends par "réformisme" et je pense que nous n'en avons pas la même définition : pour moi, il n'y a plus de distinction réformiste/révolutionnaire, parce que la révolution est une idée qui aujourd'hui, ne peut pas être mise en pratique, sinon par une série de réformes bien différentes des petits ajustements statistiques et des petits arrangements de Nicolas Sarkozy.
L'extrême est en effet le nom qu'on donne à cette gauche d'opposition, et le terme est en effet particulièrement dur, d'ailleurs, comme beaucoup de gens, je considère qu'elle n'a rien à voir avec des fous comme Le Pen. Cependant, défendant les idées du Modem, je m'insurge contre cette gauche d'opposition, qui ne s'appelle pas positivement mais négativement, c'est le parti "Anticapitaliste". Qu'est-ce que cela signifie concrètement ? Ils parlent d'un "un projet de transformation révolutionnaire de la société"... mais a t-on le temps ?
Ils ont conscience de l'urgence sociale, ils connaissent l'urgence écologique, alors, pourquoi, enfin, pourquoi ne pas réguler, limiter, modifier en profondeur ce système, plutôt que de l'abattre ?
Les citoyens ont besoin d'avoir confiance, sans leur confiance, la France et l'Europe n'avanceront jamais. Et cela, quelque soit notre opinion, c'est un fait, les personnalités qui incarnent ces mouvements n'ont pas la confiance du peuple, même s'ils relayent leur colère et leur révolte.

Tu dis qu'il n'y a pas de récupération politique, mais que les partis de gauche jouent leur rôle, et en cela, tu as raison. Ce que j'entendais par "récupération politique", c'est l'usage que font ces partis d'une telle manifestation : non, ce n'est pas la gauche qui défile pour s'opposer à la droite ! Ce sont les citoyens de France qui défilent contre la politique insensée du gouvernement, qu'ils soient du privé ou du public, de droite ou de gauche ! Des policiers manifestaient, des retraités, des salariés qui m'ont dit, quand je les ai interrogés, qu'ils n'avaient aucune sympathie pour les "communistes". Une des rues était littéralement couverte d'affiches du PG.
Tu dis qu'en publiant un article pour le Mouvement Démocrate, je fais moi-même de la récupération. Non, justement. Si j'avais voulu, j'aurais défilé avec un drapeau MoDem à la manifestation. Mais ce n'est pas le drapeau rouge ni le drapeau orange que j'aurais dû brandir, c'est le drapeau tricolore.
Sarkozy n'attend qu'un geste des partis de gauche, il ne rêve que de crier à toutes les radios : "c'est la gauche qui manifeste, la majorité silencieuse est avec moi !" En réalité, Sarkozy compte déjà parmi ses opposants près de la moitié des Français.
Si je marque une différence entre les syndicats et les politiques, c'est parce que je suis attaché à l'indépendance des mouvements. Les syndicats ne sont pas là pour relayer les opinions d'un parti en général, ils sont là pour défendre des travailleurs en particulier. Lutter contre l'individualisme fou, c'est aussi accepter que les partis doivent agir en fonction de tous les citoyens de France alors que les syndicats sont là pour défendre les travailleurs des secteurs qui leur sont affiliés. Un syndicat ne sera jamais à la tête d'un Etat.

Une manifestation est l'expression d'un peuple et non d'un groupe de penseurs politiques. Un peuple ne se demande pas quelle politique économique il faut appliquer à l'échelle d'un pays, ni de combien de milliards il faut disposer, il ne le veut ni ne le doit. Un peuple réagit, un peuple s'exprime, s'inquiète, demande, obtient. Et surtout, un peuple ne défend pas le moindre parti, quand ces gens se réunissent pour manifester, ils ne défendent pas une vision du monde, ils crient qu'ils existent et qu'on a pas le droit de les mépriser.
Quoi, je méprise la gauche ? Parce que tout comme le MoDem, tout comme n'importe quel parti, elle est méprisable quand on la compare aux citoyens de la France !
Les rêves du NPA, du PCF et du PG sont une chose; l'angoisse des citoyens face à la crise en est une autre.

Oui, je suis un rêveur, je suis un idéaliste mais lorsque je vois ce cortège, lorsque je le parcoure, lorsque j'écoute les gens, je tombe de haut.
Les gens ne veulent plus de rêves, ils sont lassés d'idéologies. Ils veulent du concret, tout de suite, ils veulent des garanties qu'on les prend en compte. Je sais que la position de Bayrou n'est pas la meilleure et je pense qu'il aurait dû se positionner davantage, mais ça, c'est le boulot des adhérents du MoDem de lui renvoyer ce qu'ils veulent. Nous voulons construire une réalité basée sur un rêve, et ce rêve est général.
Je le ressens beaucoup à cause de ma formation littéraire, le Mouvement Démocrate se fiche des mots, mais veut des chiffres, des résultats concrets, des plans, veut que les politiques fassent un travail de fond.

Ce que tu dis dans ton 4ème paragraphe en partant de la fin m'a fait prendre conscience d'une chose : ces partis parlent vraiment aux gens, c'est pour cela qu'ils peuvent si bien relayer leur colère, et pour cette raison, je les respecte profondément et en cela, le MoDem devrait les imiter davantage ( c'est le boulot des Jeunes Démocrates).
Sur la question des expulsions, j'y suis profondément opposé en tant que mesure systématique et je soutiens avec force l'adaptation aux cas particuliers. Pour moi, les immigrés, même clandestins, sont des citoyens du monde et doivent être traités comme tels par un Etat de droit.
Je défends aussi la notion de renoncement : je pense qu'on doit se priver de certains biens dans le cadre d'une redistribution des richesses, par exemple la conversion des bonus des patrons de l'année 2008 en investissements dans des fonds socialement responsables et dans la microfinance. (Je ferai bientôt un article sur la Finance Solidaire et la régulation de l'économie de marché)

Si j'ai dit que la gauche est dangereuse, je ne l'entends pas, évidemment (et j'espère que tu me crois sur parole), comme les paranos droitistes qui ont peur de "l'odeur de poudre" et d'une éventuelle révolte... Non, je pense qu'elle est dangereuse pour ce que j'appelle les partis de gouvernement, c'est à dire PS et éventuellement MoDem s'il y a une montée significative. Staline et Mao n'ont rien à voir là dedans, je pense que Besancenot, d'une certaine manière, sert la soupe à Sarkozy comme Le Pen la servait à Mitterand. Sarko aime parler de "l'extrême gauche" parce que ça le renforce : c'est moi ou les communistes. C'est une technique gaullienne, vieille comme le monde...
Je suis prêt, à titre personnel en tout cas, à écouter tout ce que les partis de gauche ont à dire, et jamais je ne refuserai la négociation ni le débat politique, la preuve, je réponds à chacune de tes objections, sincèrement, sans mâcher mes mots. Je refuse la logique partisane, cela signifie que, si le NPA, le PCF ou le PG font une proposition qui me semble valable et juste, je la soutiendrai en face des adhérents du MoDem.
Réac ? Jamais. De toute manière, nous n'avons pas le temps.

P.S : Enfin, je pense n'avoir pas récupéré la manif, surtout en parlant à titre personnel mais si tu l'as senti, c'est que tu as senti la peine que je pouvais ressentir quand j'ai vu que le parti ne s'investissait pas dans ce mouvement, même pour le soutenir, pour être là. On a beau essayer de fuir le rêve, il nous rattrape toujours et ce n'est jamais le moment.

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