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Souvenir de la journée du 21 28/04/2008

Un soir, lors d'une semaine de bonheur exquis et complet en compagnie de Sophie, je me retrouvais seul face à ma feuille, et j'ai voulu raconter le bonheur, en dire un mot pendant qu'il se produisait. Voici le récit de la journée du 21 avril 2008.

Voyez comme l'amour remplace l'écriture, il faut qu'elle soit en train de dormir, respirant lentement, avec la gracieuse féminité qu'elle montre sans cesse, pour que je me retrouve face à cette même feuille blanche qui me défie de plus en plus chaque jour. Les mots ne viennent pas, je pense sans que ça pense en moi. D'où vient cette paralysie de mon intuition, ce gel de mon imagination ? Quelle force, bien avant que ma princesse ne vînt, m'avait empêché de jeter sur le papier autre chose que des alexandrins boiteux, sans consistance, à peine intéressants qui remplissaient mes cahiers de cours ? Ce ne peut être l'amour car il ne me ralentit presque plus, je vis avec lui, je crois l'avoir domestiqué, cet amour impétueux. Non pas que je puisse choisir d'avoir un élan vers mon aimée ou non, car cela ne saurait être contrôlé, mais que je puisse aimer et faire autre chose. (...)
Cette journée était en tout point délicieuse,(...) Donc, aujourd'hui, après une longue matinée qui débuta à onze heures, nous avons déjeuné de ces petits croques qu'on fait avec du pain de mie grillé. Puis, nous avons planifié d'aller vendre quelques livres que Sophie avait amené dans le but de rehausser un peu nos finances avant d'aller se promener au Jardin des Plantes.
Les livres ne nous ont guère porté chance, nous en avons retiré dix euros en bon d'achat. Il faut dire qu'il s'agissait de livres d'enfant plus ou moins communs qui valent rarement plus que le prix qu'on colle sur leur couverture. Elle était un peu déçue, cela se voyait, ou bien elle était contrariée que je doive porter le sac qui contenait encore quelques livres qu'on ne nous avait pas achetés. La masse était plus que raisonnable et j'oubliais presque l'existence de ce sac, bien qu'elle me fût rappelée en permanence par les passants ou par Sophie qui faisait un mouvement d'horreur quand je frôlais les cosmétiques au risque de tous les étaler. J'exagère un peu, naturellement.
Nous parvînmes au Jardin. Quelles beautés vit-on là-bas ! Soit, je ne disais mot et ne montrais que peu l'éblouissement que je ressentais face aux grands chênes solides et majestueux qui avaient ce je-ne-sais-quoi dans le feuillage qui les rendaient différents des chênes des forêts ; je cachais la surprise qui me prit à la vue de ce gigantesque cèdre du Liban, vieux de plus de trois cents ans qui avait vu passer tant d'êtres semblables à nous et qui tenait toujours, comme un vieux sage qui raconte le silence en un regard et la parole en un souffle. Les arbres font une synthèse, à la fois au sens biologique, évidemment, mais aussi au sens abstrait : ils résument les sols, les animaux, les minéraux ; il les accueille, les nourrit, les abrite, comme une grande maison. On y trouve des fourmis, des bourgeons, des feuilles de toutes tailles et de toutes formes, des hommes dans leurs cabanes, des femmes sur leur balançoire, des enfants qui jouent sur leurs branches. Ils concentrent en un tronc, des racines et des branches, formés chaotiquement, toute la vie et toute la mort. Ils produisent l'oxygène, si nécessaire, si absolument fondamentale à toute vie, chez toute espèce animale, et pourtant quand ils viennent à pourrir, à tomber, à se fracasser, à disparaître massivement, tout meurt avec eux. Comme les maisons, on y naît et on y meurt. L'arbre n'est plus la maison de l'homme mais il lui donne encore asile. Avant tout, l'arbre protège. C'est lui la première victime des orages, c'est lui qui donne de la fraîcheur et de l'ombre, et c'est lui qui remplit nos poumons d'air frais.
On le coupe, on le massacre, on en fait du boudin et de la charpie, du papier et du bois de chauffage. Mais l'arbre ne flanche pas. Il tient, il dure. Nous sommes la puissance du feu, il est celle de la terre. Nous sommes brefs, soudains, et incroyablement puissants. Nous avons acquis la capacité d'influer sur notre écosystème entier. (...) Les arbres, eux, sont solides, sourds et résistants. Ils font parfois preuve de plus de grâce et de beauté que nous n'en pouvons montrer. Sans en être conscients, ils nous égalent ou nous dépassent, peu importe finalement.
Car ce qui importe, ce n'est pas qui est le plus grand mais qui pourra permettre l'équilibre. L'arbre, seul, ne bouge pas. Avec notre puissance, il peut se déplacer, s'étendre, arriver là où aucune force naturelle ne l'aurait déplacé. Il peut prospérer ou mourir. Il peut naître et renaître ailleurs, plus nombreux, plus fort ; ou bien disparaître et s'affaiblir sous le poids de l'ingérable complexité humaine.
Peu importe qu'il le soit ou non, nous devons voir l'arbre comme notre égal, ni plus fort, ni plus faible. Simplement comme la puissance d'un autre élément avec lequel nous devons vivre en paix pour que l'équilibre demeure ou se reforme. Peu importe nos projets, où qu'il soit, aussi nombreux qu'il soit, l'arbre sera toujours beau.
Au retour, j'ai apprécié les couleurs des fleurs qui s'étalaient dans l'allée principale après avoir embrassé Sophie sur un cerisier du japon en fleurs. Enivré de couleurs éclatantes, j'ai profité de cette marche jusqu'à ce que nos pas nous amènent vers un troquet. Un café plus tard, nous étions dans le métropolitain, pour rentrer chez nous. Un petit dîner ravissant, des nouvelles de Stéphanie, une lecture du conte de Flaubert Un c½ur simple et une infinie tendresse mêlée de désir impétueux et sauvage, car le bonheur n'est fait que de passions actives et la tranquillité d'actions passives. Ça agit en nous, nous agissons grâce à ça.

Le dépît théâtral 24/03/2008

Amis, ennemis, parents,

J'ai décidé d'arrêter toute formation professionnelle dans le milieu du Théâtre.
Ma décision ne vient pas d'une déception particulière, ni d'un choc violent, elle est le fruit de réflexion. Ce milieu ne me convient pas. J'aime les pièces, j'aime les spectacles, j'aime jouer, j'aime mettre en scène. Mais je hais l'animation culturelle, la distraction inutile, les acteurs hostiles, les comédiens dictateurs.
Ma justification est ici.

Sorti d'un théâtre un soir, après avoir subi une nouvelle déception, comme un coup de couteau supplémentaire sur le cadavre du Théâtre, rien ne peut désormais cacher cette affreuse réalité : le Théâtre est mort. Des Ribes, des Schmitt pourront prier pour sa résurrection ou encore faire son autopsie, le Théâtre a rendu son dernier soupir, après près de 25 siècles d'existence. Quels sont ses assassins ? Ce sont l'indifférence, la politique d'animation culturelle et de contre-culture dont les principes sont la distraction salutaire ou le dérangement inutile. Mais le plus tragique, ce fut l'arme du crime. Cette arme, ce fut la mise en scène. Si l'on se rappelle ce que disait Antoine Vitez sur son art dans les dernières années du Théâtre « La mise en scène, c'est l'art par excellence de lecture du monde », il annonçait très précisément la loi de la mise en scène : un metteur en scène doit lire le monde, en donner une interprétation, chercher une vérité du monde et la montrer sur scène, mettre en évidence une vision du monde, rechercher une vérité tangible de ce qui nous entoure, parler à son public sans complaisance ni insulte. Aujourd'hui, les metteurs en scène sont des criminels, ils transgressent cette loi à outrance, jusqu'à l'indécence. Au mieux, ils expriment une incapacité à lire le monde, et ils ne sont coupables que d'être de mauvais metteurs en scène ; au pire, et hélas c'est le plus souvent cas, le monde n'est pour eux qu'une page blanche : ni vérité, ni vision et donc rien à montrer, et en ce cas, plus de Théâtre. Circulez, il n'y a rien à voir. Pour asseoir leur infamie, ils massacrent sans aucune retenue les textes classiques, et ceci pour trois raisons : d'une part les bons auteurs de Théâtre manquent, refusés par le diktat du metteur en scène et des acteurs tous-puissants qui veulent « s'exprimer » ou bien par le public, déjà dégoûté de ce qu'on lui sert ; ensuite parce que ces metteurs en scène manquent totalement de créativité et qu'ils sont somme toute, incapables d'écrire un texte, et que l'idée de travailler avec un auteur qui va oser juger leur travail et avoir des exigences sur son texte les répugnent ; enfin, parce que les textes classiques, par leur seul nom, attirent du public et qu'ils en ont besoin. Le massacre des grands textes est donc légitimé, et l'on peut sans risque dire que si Vitez était encore vivant, il serait outré par ce manque total de décence et d'efficacité qui ne laisse au public qu'une impression de dégoût. Et pourtant, c'est le seul moyen dont dispose le Théâtre pour faire parler de lui. Il se produit la même chose à l'Opéra, où à Paris, la politique de Gérard Mortier provoque polémique sur polémique sans jamais rien dire ; fort de sa croyance en sa propre épopée brechtienne, le directeur de l'Opéra de Paris s'imagine qu'il fait passer des messages politiques aux spectateurs et réfute toute critique aux mises en scène qu'il affectionne en traitant leurs détracteurs de cabale snobinarde. Benoît Deteurtre écrivait à son propos que « rien ne vaut, pour marquer un règne, que le déclenchement de nouvelles batailles d'Hernani », encore Hernani annonçait-il un courant littéraire, proposait-il une vision différente du monde et du Théâtre, encore avait-il des idées et du retentissement. L'Opéra peut-il changer la société ? Peut-il le prétendre quand seuls quelques centaines de parisiens voient les spectacles ? Quelle prise a l'Opéra sur la société ? Il n'en a aucune. Le Théâtre a plus de marge de man½uvre mais reste lui aussi très limité. Quelle lecture du monde nous propose t-on ? Que retirent-on de ces spectacles vides d'intérêt ? Il ne s'agit pas là de faire la critique des spectacles enrobés et complaisants qui avouent eux-mêmes qu'ils n'ont pas d'autre but que de nous distraire et il aussi ridicule de faire leur procès que de condamner Labiche ou Jarry sous prétexte que leurs pièces ne nous apprennent rien sur la nature humaine. Le procès que nous faisons ici, c'est celui de ceux qui prétendent nous apporter quelque chose et dont on ne retire que la satisfaction toute relative des différents strip-teases qu'ils n'hésitent pas à pratiquer au milieu d'un Shakespeare ou d'un Molière, nous ne sommes pas choqués, plus rien ne nous choque. Tout cela, toutes ces polémiques, ces rejets, cette lassitude est l'objet de la mise en scène toute puissante. La seule chose que je lis à présent, c'est la détresse du Théâtre et de tout ce qui se joue sur scène sauf apparemment la danse, qui s'en sort plutôt bien. Je m'appuierai sur trois mises en scènes calamiteuses qui massacrent Shakespeare et Molière pour faire une bonne fois pour toutes l'autopsie du Théâtre et pour montrer en quoi la mise en scène aujourd'hui ne fait plus aucune lecture du monde mais fait honte à son propre passé. Au bout d'un siècle, le livre de la mise en scène s'est refermé.

Livres audio 22/01/2008

Un nouveau grand projet : faire entendre la littérature.

Avec le site : http://www.litteratureaudio.com/
Les téléchargements sont libres et gratuits, sont présents une belle version de Micromégas, le conte de Noël de Dikens...
Mais aussi de la philosophie avec Descartes et Epicure.
Et de la Poésie... ah, Hugo...

Mon projet serait d'y intégrer le Théâtre, mais pour cela, il me faudrait quelques lecteurs pour les différents personnages.

Voici ma première contribution à ce site, "Don Juan aux enfers" de Baudelaire dans Les Fleurs du Mal, poème 15 de la section Spleen et Idéal.

http://dl.free.fr/getfile.pl?file=/Ush6bSlq/Baudelaire-DonJuanauxenfers.wav

Aux auteurs des trois livres sur Cécilia... 15/01/2008

Lettre aux auteurs en vogue



Ô faux éclat, victoire imméritée,
Consécration de la médiocrité !
Ô hypocrisie intellectuelle
Laide soumission, immonde tutelle !

Courtisans bons à nettoyer la crasse,
Diplômes inutiles qui s'entassent
Normaliens serviles et formatés
Étudiants perdus et dégoûtés !

Librairies pleines de vos immondices
Faits pour flatter les plus bas de nos vices !
Plaignez-vous donc de la pornographie,
Elle est plus propre que vos biographies !

Salissez, dévorez et consommez
L'affreuse bouillie que vous nous servez !
Votre génie fut méprisé et tué
Puis prostitué parmi les prostitués !

Cochons voyeurs au service des porcs,
Vivez ! Et n'attendez rien de la mort.
Oubliés, consommés dans vos tombes ocres
Vous ne serez jamais que médiocres ;

Jamais que les esclaves des puissants
Jamais que des auteurs avilissants
Jamais que de sordides prosateurs
Jamais que misérables contempteurs !

Hélas, nos écrivains sont des voyous !
Hugo, reviens, ils sont devenus fous !

Napoléon III de Pierre Milza 09/01/2008

On nous conseille parfois quelques ouvrages spécialisés, celui-ci concerne notre dernier empereur, qui est devenu une véritable passion pour moi, je me plonge donc dans cet ouvrage volumineux, instructif est très plaisant à lire. Plus le temps passe et moins je comprends ceux qui trouvent que l'Histoire est un sujet ennuyeux.